Le Conseil de sécurité de l’ONU peut autoriser le recours à la force sans l’accord de l’État concerné, mais uniquement sous certaines conditions strictes. Malgré ce pouvoir exceptionnel, les décisions d’intervention restent soumises au veto de ses membres permanents, ce qui limite souvent les actions concrètes. Ce mécanisme expose les failles d’un système censé garantir une réaction rapide face aux crises majeures.
À l’échelle des opérations de maintien de la paix, la réalité s’avère tout aussi contrastée. Certaines missions interviennent sans mandat offensif, tandis que d’autres, censées protéger les populations avec des moyens étendus, se heurtent à des obstacles sur le terrain et peinent à garantir une sécurité réelle. Cet écart entre ambitions et résultats illustre la difficulté, pour la communauté internationale, d’assumer une responsabilité collective efficace dans un paysage mondial fragmenté.
La sécurité collective aux Nations Unies : fondements et enjeux contemporains
Depuis 1945, la sécurité collective sert de socle à la gestion des relations internationales. L’Organisation des Nations Unies (ONU) s’est vue confier la tâche de veiller au maintien de la paix et de la sécurité internationales, mission ancrée à l’article 1 de la Charte des Nations Unies. Ce texte fondateur interdit le recours à la force, sauf dans deux cas très délimités : la légitime défense ou l’accord explicite du Conseil de sécurité.
Le Conseil concentre l’essentiel des pouvoirs du système de sécurité collective. Ses résolutions, obligatoires, engagent tous les États membres. Lorsqu’une menace pèse sur la paix, lui seul peut autoriser l’usage de la force. Mais la réalité institutionnelle tempère vite cet apparent pouvoir : le privilège du veto, détenu par cinq membres permanents, entraîne très vite blocages et inaction dans les moments qui exigeraient de la réactivité.
Pendant ce temps, l’Assemblée générale des Nations Unies endosse surtout un rôle consultatif. Privée de véritables leviers décisionnels, elle demeure en arrière-plan sur les grandes questions de sécurité internationale. Ce déséquilibre nourrit des remises en question : plusieurs voix réclament d’ouvrir le débat sur la légitimité et la capacité d’action du système actuel.
Face à la montée des conflits, aux tensions régionales et aux stratégies nationales antagonistes, la marge de manœuvre du système de sécurité collective se rétrécit dangereusement. Les réponses collectives tiennent parfois à un fil, celui du rapport de force entre grandes puissances. Rien n’est jamais automatique sur la scène du Conseil, où chaque décision est le fruit d’une négociation serrée.
Pourquoi la responsabilité partagée est essentielle pour prévenir les conflits internationaux ?
Dans les années 2000, un tournant s’opère avec la notion de responsabilité de protéger, forgée par la Commission internationale de l’intervention et de la souveraineté des États (CIISE). Cette approche bouleverse la lecture traditionnelle de la souveraineté des États et replace la protection des civils au centre des priorités. Chaque État doit désormais mettre tout en œuvre pour préserver sa population face aux crimes de masse, génocides, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, nettoyage ethnique. À défaut, il revient à l’ensemble de la communauté internationale d’agir, toujours sous l’impulsion du Conseil de sécurité.
Pour saisir la portée de cette responsabilité collective, on peut rappeler l’organisation en trois volets, avancée par Ban Ki-Moon :
- anticiper et prévenir les crimes avant qu’ils n’éclatent
- assurer une réponse commune en cas de défaillance d’un État à protéger sa population
- soutenir la reconstruction et l’accompagnement au sortir de la crise
L’intervention en Libye en 2011 a illustré jusqu’où la pratique pouvait mettre ces principes à l’épreuve. À l’origine, il s’agissait de protéger les civils. Pourtant, des critiques se sont fait entendre sur l’élargissement du mandat, notamment du côté du Brésil, qui a insisté sur la nécessité de baliser l’action collective et d’assurer un contrôle strict : la « responsabilité en protégeant ». Le débat s’est ainsi déplacé vers la proportionnalité et la gouvernance de l’intervention internationale.
En filigrane, la notion d’ingérence humanitaire suscite toujours de fortes tensions, confrontée au principe de non-intervention. Pour Kofi Annan, l’inaction face aux crimes de masse ne fait que saper la légitimité même du système collectif de sécurité. De fait, prévenir les conflits devient possible seulement si les États coopèrent, soutenus par les institutions régionales et multilatérales. Il s’agit de placer la protection des populations en priorité, en dépassant les réflexes d’appareils et la frilosité politique.
Initiatives marquantes et mécanismes d’action du Conseil de sécurité
Pour préserver la paix et la sécurité internationales, le Conseil de sécurité peut activer une palette de mesures : sanctions économiques, opérations de maintien de la paix, voire usage de la force dans les situations extrêmes. L’exemple irakien de 1990 est éloquent : embargo, puis intervention militaire pour restaurer la souveraineté du Koweït, tout cela gradué selon l’évolution de la crise.
Les opérations de maintien de la paix sont aujourd’hui l’un des outils les plus visibles de l’ONU. Leur objectif principal : protéger des civils, stabiliser un territoire, appuyer la reconstruction institutionnelle. Depuis le rapport Brahimi, entériné en 2000, ces missions sont appelées à devenir plus souples, mieux équipées, mieux préparées aux réalités de terrain.
Cependant, l’histoire du Conseil est jalonnée de blocages. À chaque veto, la machine collective se grippe. La guerre en Syrie l’a démontré : rivalités et intérêts contradictoires rendent la prise de décision inopérante même face à des catastrophes humanitaires majeures. L’intervention en Libye avait pourtant réactivé l’espoir d’une action forte, mais la gestion du mandat a ensuite soulevé de nouvelles interrogations, comme l’a rappelé le Brésil en posant les bases d’une protection mieux encadrée.
Loin d’œuvrer seul, le Conseil de sécurité tisse des ponts avec d’autres acteurs : OTAN, groupes régionaux, forums internationaux. Les coalitions, les partenariats et l’appui d’organisations spécialisées contribuent à recomposer chaque jour les contours de la sécurité collective, tout en demeurant tributaires de rivalités et calculs nationaux persistants.

Ressources et pistes pour approfondir la réflexion sur la sécurité collective
La sécurité collective ne relève pas seulement des cercles diplomatiques ou des négociations sous les ors du Conseil de sécurité. Sur le terrain, des coopérations concrètes protègent les populations les plus vulnérables. Le HCR et le CICR, par exemple, unissent leurs efforts pour établir des dispositifs de protection, parfois loin du regard médiatique, comme en Ukraine ou au Soudan.
Pour décrypter le fonctionnement du cadre des Nations Unies, il convient de revenir au socle juridique : l’article 2 de la Charte prohibe la violence sauf légitime défense ou décision collégiale du Conseil de sécurité. Mais la réussite de ce mécanisme dépend tout autant de la volonté des grandes puissances de coopérer et de dépasser leurs oppositions.
La Commission Internationale de l’Intervention et de la Souveraineté des États (CIISE) a renouvelé la manière d’aborder la responsabilité de protéger. Le rapport Evans-Sahnoun, entre autres, a mis en lumière les dilemmes entourant le droit d’ingérence alors que les crises humanitaires et les crimes de masse se multipliaient.
Pour ceux qui souhaitent explorer plus avant les différents ressorts et débats autour de la sécurité collective, plusieurs pistes se dégagent :
- La lecture des textes fondateurs de l’ONU et des réformes du maintien de la paix permet de mieux cerner les marges de manœuvre institutionnelles.
- Les études menées par le CICR sur la protection des populations civiles enrichissent la compréhension des enjeux de terrain.
- Les rapports annuels du HCR dessinent aussi la carte des menaces contemporaines pesant sur réfugiés et personnes déplacées, au croisement du droit international et de l’action humanitaire.
Mais la réflexion ne s’arrête ni aux manuels ni aux circulaires onusiennes : colloques universitaires, tribunes d’experts et débats publics alimentent en continu la dynamique, dans une construction patiente et conflictuelle. La sécurité collective se gagne chaque jour, à la croisée de l’engagement, de l’arbitrage et du courage politique. À la prochaine déflagration, c’est à nouveau ce système qui devra être jugé à l’aune de ses réponses, ou de ses silences.
